Pose-la, ta question

Posted on 2021-05-04

Voici un petit recueil de bon sens. Rien de bien sorcier, mais tout le monde semble l’oublier quand vient son moment d’en poser une, alors…

Où la poser

Ce diagramme de flot a la réponse.

Le lecteur averti aura remarqué qu’à aucun moment il n’est question d’envoyer un MP à qui que ce soit.

Ce point étant éclairci, passons au contexte.

L’introduire

Deux écueils majeurs sont à éviter, particulièrement sur les media de type « tchat ».

Le premier est ce qu’on appelle couramment le problème du “No Hello. Il émane de notre politesse naturelle et de notre tendance à vouloir introduire la question par un peu de salutation de bonne forme. On s’imagine la scène ainsi:

A: Bonjour !
B: [dit quelque chose]
A: Je peux poser une question ?
B: Bien sûr.
A: [expose son souci à B]

Grave erreur ! La scène telle qu’elle va réellement se passer va plutôt ressembler à ça:

A: Bonjour !
B: [parle de quelque chose d'autre]
A: [interagit avec B]
B: [parle plus, toujours d'autre chose]
cinquante… phrases… plus taaaaarrrrrrrrddd…
A: Bon.  Au fait, j'ai un souci.
B: Oui, quoi ?
A: [expose enfin son problème]

Ce qui fait beaucoup de conversation pour en arriver à poser la fameuse question. À supposer qu’on y vienne.

Mieux vaut aller droit au but.

A: Bonjour, j'ai un souci, que voici: [le souci]

Il est à noter que malgré l’appellation, la solution n’empêche aucunement de dire bonjour.

Le second écueil classique est celui de la question inutile, couramment appelée le “don’t ask to ask” chez les anglo-saxons. Sa réalisation la plus rencontrée est la suivante:

A: Des experts PHP dans le coin?

C’est une mauvaise introduction, parce que la question va assez spontanément être interprétée ainsi:

Y a-t-il des experts PHP dans le coin, disponibles et 
volontaires pour résoudre mon problème, quel qu'il soit, 
même si il se révèle n'avoir qu'un lien ténu avec ce langage.
Sinon il faudra que je me rabatte sur un non-expert, il y en
a peut-être ici mais je demanderai plus tard, je préférerais 
un expert.

C’est toi qui poses la question. Tu n’es donc pas qualifié pour y répondre. Qu’est-ce qui te permet de savoir avec autant de certitude que seul un expert pourrait y répondre? En la formulant ainsi, tu vas t’aliéner une bonne partie de la population locale, qui pourtant a la réponse, mais ne va pas pouvoir te la donner puisque tu n’as toujours pas posé de question. Tu risques d’ailleurs de ne jamais la poser, puisque tu attends encore un expert autoproclamé.

Ou peut-être signifiais-tu en fait:

J'ai un problème de PHP, mais je suis trop paresseux pour
m'abaisser à le formuler si je n'ai pas la certitude qu'il 
y a ici des gens aptes à y répondre.

Oui, paresseux. Et comme en plus ça se voit à des kilomètres, il va falloir te lever tôt pour motiver quelqu’un.

Une variante typique:

A: Quelqu'un a réussi Températures?

C’est vraiment une question stupide. La réponse est visible directement sur le site, il te suffit de passer le curseur de ta souris au-dessus du puzzle en question:

C’est là, sous ton nez, en toutes lettres ! « Terminé par 185 176 CodinGamers », ça signifie que OUI, quelqu’un l’a résolu !

La choisir

C’est le problème du XY mis en évidence au début de la modération de StackOverflow. Dans le fond, il s’agit d’éviter de poser la question sur la solution en chantier, mais bien directement sur le problème de fond. Le schéma classique est le suivant:

  • l’utilisateur souhaite faire X.
  • l’utilisateur ne sait pas faire X, mais pense légitime de commencer par l’étape Y.
  • l’utilisateur ne sait pas faire Y non plus.
  • l’utilisateur demande de l’aide sur Y.
  • on essaie de l’aider à accomplir Y, mais ce n’est pas évident parce que personne ne comprend trop qui pourrait en venir à vouloir faire Y.
  • après beaucoup de temps perdu, on comprend que l’utilisateur voulait en réalité faire X
  • d’ailleurs, Y n’était même pas une solution recevable pour X.

Économisez du temps à tout le monde: soyez très clairs dès le début sur le contexte de la demande.

La formuler

Exemple d’un mauvais scénario:

A: J'ai un souci.
B: Lequel ?
A: Je suis sur le puzzle et je comprends pas [détail générique].
B: Quel puzzle ?
A: https://www.codingame.com/training/hard
B: Euh… il y en a beaucoup là.  Lequel spécifiquement ?
vingt… phrases… plus taaaaarrrrrrrrddd…
B: [localise enfin le puzzle et commence à aider]

Ici A met la barre haut. On ne sait rien de son contexte, il faut tout deviner. Rappel de bon sens : quand on sollicite de l’aide, tout temps perdu à celui qui aide résulte en moins d’aide générée. Mettre la barre haut est un contre-objectif.

On le revisite en un meilleur scénario:

A: J'essaie de résoudre un puzzle CodinGame, https://www.codingame.com/training/hard/cheat-solving
B: Excellent choix.  Quel est le souci ?
A: [explique où il en est]
B: [aide]

On n’a pas à chercher 3h sur quel puzzle il bloque, le lien marche et tout le monde est à égalité avec le même énoncé. Il reste tout de même à comprendre ce qui le gêne : bien que les puzzles les plus faciles causent effectivement des soucis récurrents, chaque CodinGamer est unique et peut en avoir de nouveaux.

Allez, on en fait enfin un scénario acceptable:

A: Bonjour, je suis sur https://www.codingame.com/training/hard/cheat-solving
   En gros il s'agit de [résumé sommaire].  J'ai essayé de
   l'aborder [comme ci] et [comme ça], mais ça n'est pas
   bien probant [parce que ça].  Des idées pour me débloquer?
B: [aide personnalisée instantanée]

Non seulement A sait où il en est, mais il explique aussi comment en arriver là. On comprend tout de suite et quel puzzle il essaie de résoudre et pourquoi ça ne marche pas. Il n’oblige pas à poser trop de questions complémentaires ; on comprend ses fausses pistes, on voit directement s’il y a un XY ou non. Et surtout, on voit qu’il est bien en recherche de progression et non en train d’essayer de bâcler son TD au plus vite à peu de frais.

Bonus: les questions proscrites

  • quelqu’un a réussi [un puzzle vieux de plus de 5 ans]?
  • il y a un bug dans Thor non?
  • où je peux trouver la solution du clash que je viens de faire?

Une traduction à cette page qui ressort régulièrement sur #world était nécessaire depuis longtemps. Mais il y avait quand-même dans l’original1 deux ou trois détails qui ne correspondaient pas à mon mode de pensée, alors je l’ai revue à ma sauce. Ça traine sur mon disque depuis assez longtemps comme ça, et on vient d’en reparler, alors publions !


  1. Dont je ne sais trop qui est l’auteur, soit dit en passant.↩︎